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Histoire vraie · N°25

Grete Waitz, lièvre à New York : record du monde, puis « plus jamais »

En octobre 1978, New York invite une Norvégienne de piste pour mener le train des favorites. Elle n'a jamais couru plus de 12 miles. Elle gagne en record du monde, jure que c'était la dernière fois, et gagnera huit fois de plus.

Par la rédaction PacePoster · · 4 min · 12 sources

Grete Waitz (à gauche) au marathon de New York 2010
Grete Waitz (à gauche) au marathon de New York 2010 Shannon, 2010, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons — bichromie PacePoster, même licence

01Une candidature refusée

Grete Waitz n'est pas une marathonienne. C'est une coureuse de piste : records du monde du 3 000 m en 1975 et 1976, 1 500 m aux Jeux de Montréal. Quand elle demande à courir le marathon de New York, raconte-t-elle, on lui répond non. Puis Fred Lebow, le directeur de course, l'appelle. Il lui faut un lièvre : quelqu'un qui part vite et qui fixe le rythme des favorites.

Lebow, se souvient-elle, « n'a jamais pensé que je terminerais la course ». Elle non plus, peut-être. Sa plus longue sortie : 12 miles, à peine plus de 19 km. Le marathon en fait plus du double.

1978année de son premier marathon
12 milessa plus longue sortie
2 h 32record du monde

02Une seconde lune de miel

Elle accepte. Son mari et entraîneur, Jack, est du voyage. Pour le couple, New York sera une « seconde lune de miel ». La veille, dîner d'amoureux : cocktail de crevettes, filet mignon, glace et vin rouge. Pas tout à fait le menu d'une veille de marathon. Lune de miel, vraiment ? Jack va vite déchanter.

Plus jamais !

Grete Waitz (souvenir de 2008, traduit de « Never again! »)

03Le lièvre ne s'arrête pas

Le jour de la course, raconte-t-elle, elle se place tout devant, sur la ligne, sans connaître personne. Elle part vite. Puis vient le mur. Vers le 19e mile, ses cuisses se crispent, elle ne sait plus à quel mile elle se trouve, ni où est ce fameux Central Park. Elle peste contre Jack, qui l'a embarquée là-dedans. Elle le résumera plus tard : « Je savais que je n'étais pas à ma place et que je ne m'étais pas entraînée correctement » (« I knew I was out of my league and hadn't trained properly »).

042 h 32 min 30 s

Elle franchit pourtant la ligne la première, en 2 h 32 min 30 s. C'est un record du monde, plus de deux minutes sous la marque de l'Allemande de l'Ouest Christa Vahlensieck (2 h 34 min 48 s, à Berlin, en 1977). La deuxième arrive plus de neuf minutes après elle. Grete, elle, ignorait ce jour-là avoir battu le record, raconte-t-elle : inscrite si tard, elle ne figurait même pas sur les listes d'engagées.

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05Les chaussures

L'arrivée n'est pas la fête espérée. Elle ne veut, écrira-t-elle, que retrouver Jack et rentrer. Elle le retrouve. « Certains disaient qu'elle m'avait jeté les chaussures, et c'était bien le cas », a confirmé Jack en 2011 (« Some people said that she threw the shoes at me and that was in fact the case »). Furieuse, elle lui reproche de l'avoir poussée à courir : c'était, lui dit-elle, la pire chose qu'elle ait jamais faite. Trente ans plus tard, en 2008, elle s'en souvenait encore : « J'avais mal. J'étais en colère. J'étais furieuse. J'ai dit à Jack : "Plus jamais !" » (« I was hurting. I was mad. I was angry. I told Jack: "Never again!" »).

06Neuf fois

Elle revient dès l'année suivante. Victoires à New York en 1979 (2 h 27 min 33 s, record du monde), 1980 (2 h 25 min 41 s, nouveau record du monde), puis cinq fois de suite de 1982 à 1986, et en 1988 : neuf au total, un record. Entre-temps, elle devient championne du monde du marathon à Helsinki en 1983 et médaillée d'argent aux Jeux de Los Angeles en 1984.

Grete Waitz est morte le 19 avril 2011 à Oslo, à 57 ans. Un cancer lui avait été diagnostiqué en 2005.

Les sources de cette histoire (12)

Chaque fait a été recoupé dans au moins deux sources indépendantes. Quand elles divergent, le texte le dit.

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