1904 : le marathon olympique le plus absurde de l'histoire
Un coureur fait une partie du parcours en voiture, le vainqueur carbure à la mort-aux-rats, un facteur cubain s'arrête manger des pommes. Saint-Louis, 30 août 1904 : le marathon olympique où presque tout ce qui pouvait mal tourner a mal tourné.
Par la rédaction PacePoster · · 3 min · 6 sources

01Une course pensée pour faire souffrir
Le 30 août 1904, 32 coureurs s'élancent à Saint-Louis, dans le Missouri, pour 40 km. Il fait autour de 32 °C. Les routes de campagne sont en terre, et les voitures qui suivent la course soulèvent une poussière si épaisse que les coureurs disparaissent parfois dedans. Pour boire : un seul point d'eau officiel, un puits vers le 12e mile. L'organisateur, James E. Sullivan, en profitait pour mener sa propre expérience sur la déshydratation, selon Popular Science. Résultat : 14 arrivants sur 32. Les autres ? Abandon, crampes, malaises.
02Fred Lorz, le raccourci à quatre roues
Au 9e mile, environ 14 km, Lorz est pris de crampes. Il monte dans une voiture. Elle finit par tomber en panne, alors il repart à pied à moins de 10 km de l'arrivée, entre le premier dans le stade et se fait acclamer. Alice Roosevelt, la fille du président, s'apprête même à lui remettre la médaille. La supercherie est vite découverte, et Lorz parle d'une blague. Disqualifié, il est radié à vie par l'AAU, puis la sanction est levée. En 1905, il gagne le marathon de Boston. Culot maximal.
Ne fais pas ça à ton prochain 10 km.
03Thomas Hicks, champion à la mort-aux-rats
Le vrai vainqueur s'appelle Thomas Hicks : 3 h 28 min 53 s. Pour le garder debout, ses soigneurs lui font avaler de la strychnine, le poison de la mort-aux-rats, mélangée à du blanc d'œuf. Vers le 20e mile, nouvelle dose, arrosée de brandy cette fois. Il finit en alternant marche et trottinement, et franchit la ligne soutenu par deux hommes. American Heritage le décrit dans un état de stupeur profonde, délesté d'une dizaine de livres (environ 4,5 kg) en un peu plus de trois heures. Le dopage n'est pas encore interdit aux Jeux : sa victoire reste au palmarès. Ne fais pas ça à ton prochain 10 km.

04Félix Carvajal, en pantalon de ville et aux pommes vertes
Le plus attachant du lot est un facteur cubain, Félix Carvajal. Il finance son voyage en courant devant le public à Cuba, perd son argent à La Nouvelle-Orléans (aux dés, selon American Heritage) et finit le trajet en stop. Il se présente au départ en vêtements de ville : l'athlète américain Martin Sheridan lui coupe le pantalon à hauteur des genoux. En route, il s'arrête dans un verger croquer des pommes pas mûres. Crampes d'estomac garanties, et Popular Science lui prête même une sieste. Il termine quand même 4e. En pantalon coupé.
05Len Taunyane, chassé par des chiens
Len Taunyane (aussi appelé Len Tau) et Jan Mashiani, deux Tswana d'Afrique du Sud, sont à Saint-Louis pour le spectacle de l'Exposition universelle consacré à la guerre des Boers, pendant laquelle ils avaient servi de messagers. On les présente comme les premiers Africains noirs de l'histoire des Jeux (un Sud-Africain blanc, Bertie Harris, court aussi ce marathon, sans le finir). Taunyane termine 9e, Mashiani 12e. Et Taunyane aurait pu faire mieux : des chiens l'ont chassé hors du parcours, à travers un champ de maïs selon American Heritage, sur près d'un mile selon Popular Science.
Les sources de cette histoire (6)
Chaque fait a été recoupé dans au moins deux sources indépendantes. Quand elles divergent, le texte le dit.
- 1904 Olympic Marathon, résultats et récit — Olympedia : date, 40 km, 32 °C, poussière soulevée par les voitures, un seul point d'eau (puits au 12e mile), 32 partants et 14 classés, Lorz (abandon au 9e mile, banni à vie puis gracié à temps pour Boston 1905), Hicks 3:28:53 et ses doses, Carvajal, Taunyane 9e et Mashiani 12e (Tswana, messagers de la guerre des Boers).
- The First American Olympics — American Heritage (Peter Andrews, 1988) : 30 août 1904, 32 partants et 14 arrivants, nuages de poussière, Lorz (panne, « lark », bannissement levé l'année suivante), Hicks (strychnine, brandy, ~10 livres perdues, stupeur), Carvajal (facteur, dés à La Nouvelle-Orléans, stop, pantalon coupé, pommes pas mûres, 4e), chiens et champ de maïs.
- At the 1904 Olympics, a marathoner took rat poison to win gold — Popular Science (Shoshi Parks, 2026) : 32 partants et 14 arrivants, point d'eau unique vers le 12e mile, expérience de Sullivan sur la déshydratation, Lorz (9e mile, panne au 19e), doses de Hicks, dopage pas encore interdit, sieste de Carvajal, chiens et détour d'un mile.
- Who were the first Africans at the Olympics? — Mail & Guardian / The Conversation (Francois Cleophas, 2024) : Taunyane et Mashiani (Tswana, messagers, 9e et 12e, premiers Africains aux Jeux), Bertie Harris, 40 km, 32 °C, poussière des véhicules, chien.
- Frederick Lorz — Musée olympique (Google Arts & Culture) : crampes après 15 km, voiture jusqu'à moins de 10 km de l'arrivée, médaille sur le point d'être remise par la fille de Roosevelt, banni à vie puis autorisé à recourir, Boston 1905 en 2:38:25.
- What happened at the 1904 Olympic marathon? — St. Louis Magazine : Lorz (crampes au 9e mile, acclamé, Alice Roosevelt, aveu d'une « farce »), victoire à Boston en 1905.
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