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Histoire vraie · N°17

Abebe Bikila, Rome 1960 : le marathon pieds nus, aux flambeaux

Le 10 septembre 1960, un Éthiopien presque inconnu s'élance de la colline du Capitole, sans chaussures. Deux heures plus tard, des soldats italiens éclairent à la torche la route qu'il remonte en tête, vers l'Arc de Constantin. Il vient de battre le record du monde.

Par la rédaction PacePoster · · 3 min · 15 sources

Abebe Bikila, pieds nus, au marathon olympique de Rome, 10 septembre 1960
Abebe Bikila, pieds nus, au marathon olympique de Rome, 10 septembre 1960 Auteur inconnu, 1960 (Comitato organizzatore dei Giochi della XVII Olimpiade), domaine public en Italie (PD-Italia) et aux États-Unis (PD-1996), via Wikimedia Commons — bichromie PacePoster

01Un inconnu arrive à Rome

Abebe Bikila n'est pas une vedette quand il débarque à Rome. Soldat de la garde impériale éthiopienne, il ne court le marathon que depuis peu. Dans le monde de l'athlétisme, presque personne n'a entendu parler de lui.

2 h 15record du monde
25 secondesd'avance
17 h 30le départ

02Pourquoi pieds nus ?

Voilà le point où les récits divergent. Selon World Athletics, ses chaussures rendent l'âme dans les derniers jours avant les Jeux, et la paire achetée pour les remplacer lui donne des ampoules. Selon l'AIMS, les chaussures achetées à Rome sont simplement inconfortables ; selon le Musée olympique, il n'en trouve pas à sa taille. Toutes les versions mènent au même résultat : il court pieds nus, comme souvent à l'entraînement, précise le Musée olympique. Aucune ne parle d'un geste de provocation : c'est une histoire de chaussures, pas un manifeste.

Il vient de battre le record du monde.

03Une course à la torche

Le départ est donné à 17 h 30, place du Capitole, pour éviter la chaleur. L'arrivée est jugée sous l'Arc de Constantin, à deux pas du Colisée. Entre les deux, la nuit tombe : des soldats italiens éclairent la route avec des torches, jusque sur la via Appia. Des centaines, selon World Athletics. Dès le 20e kilomètre, Bikila et le Marocain Rhadi Ben Abdesselam mènent la course, côte à côte.

L'Arc de Constantin et le Colisée, à Rome : l'arrivée du marathon olympique de 1960 était jugée sous l'arc
L'Arc de Constantin et le Colisée, à Rome : l'arrivée du marathon olympique de 1960 était jugée sous l'arc Jean-Pol Grandmont, 2011, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons — bichromie PacePoster

04L'obélisque d'Aksoum

Dans le final, la course passe devant l'obélisque d'Aksoum, une stèle éthiopienne emportée à Rome par les troupes de Mussolini en 1937, et qui ne retournera à Aksoum qu'en 2005. C'est là, à environ 500 mètres de l'arrivée, que Bikila lâche Rhadi. Les sources décrivent le lieu, pas une intention : la coïncidence est trop belle pour qu'on l'ignore, trop fragile pour qu'on la raconte comme un plan.

Tu l'as courue ? L'affiche Run Rome The Marathon, avec ton nom et ton temps →

052 h 15 min 16 s

Il franchit la ligne en 2 h 15 min 16 s 2/10, record du monde et record olympique, avec 25 secondes d'avance sur Rhadi. La médaille de bronze revient au Néo-Zélandais Barry Magee. C'est la première fois qu'un Africain noir gagne le marathon olympique.

06Tokyo, puis la route

Quatre ans plus tard, à Tokyo, il gagne de nouveau, chaussé cette fois, un peu plus d'un mois après une opération de l'appendicite : 2 h 12 min 11 s 2/10, nouveau record du monde, plus de quatre minutes d'avance. Personne n'avait encore gagné deux marathons olympiques. En 1969, un accident de voiture le laisse paralysé. Il meurt le 25 octobre 1973, à 41 ans, d'une hémorragie cérébrale liée à cet accident. Le Musée olympique le salue comme un pionnier, qui a ouvert la voie aux coureurs de fond africains.

Les sources de cette histoire (15)

Chaque fait a été recoupé dans au moins deux sources indépendantes. Quand elles divergent, le texte le dit.

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