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Histoire vraie · N°04

Boston 1967 : le dossard qu'on a voulu lui arracher

En 1967, une étudiante de 20 ans s'inscrit au marathon de Boston avec ses initiales. Quelques miles après le départ, le directeur de course lui fonce dessus pour lui arracher son dossard.

Par la rédaction PacePoster · · 4 min · 6 sources

Kathrine Switzer au salon du marathon de Berlin, en 2011.
Kathrine Switzer au salon du marathon de Berlin, en 2011. Photo : Marathona, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons — bichromie PacePoster, même licence

01Une inscription, deux initiales

Boston, 1967. Le marathon se court entre hommes : un an plus tôt, l'organisation avait renvoyé une candidate en expliquant que l'épreuve relevait de la seule division masculine. Kathrine Switzer, étudiante à l'université de Syracuse, épluche le règlement et le bulletin : rien sur le sexe des coureurs, raconte-t-elle. Elle signe comme elle signe toujours, « K.V. Switzer ». Le système avale la feuille. Elle récupère le dossard 261.

Son entraîneur, Arnie Briggs, ne l'a pas emmenée à Boston par bonté d'âme : il voulait d'abord la voir courir la distance à l'entraînement. Elle l'a fait, et même plus : selon son récit, elle a ajouté une boucle de cinq miles pour faire bonne mesure, soit 31 miles. Il n'avait plus d'excuse.

261le dossard
1967l'agression
1972femmes admises

02Le coup de sang

Le départ se passe sans histoire. Puis un camion de presse vient se placer devant les coureurs, photographes à bord. Jock Semple, directeur de course pour la Boston Athletic Association (BAA), repère une femme avec un dossard officiel. Il fonce. Selon le récit de Switzer, il lui hurle à peu près : « Dégage de ma course et donne-moi ces numéros ! » (« Get the hell out of my race and give me those numbers! »), et tente de lui arracher son dossard.

Briggs essaie de s'interposer et se fait écarter. Entre alors en scène Tom Miller, son petit ami, qui court avec elle : un costaud, ancien footballeur et lanceur de marteau, d'après Switzer. Il percute Semple d'un placage et l'envoie sur le bord de la route. Kathrine repart. Elle ne s'arrêtera plus.

Dégage de ma course et donne-moi ces numéros !

Jock Semple, selon le récit de Kathrine Switzer

03La photo

Les photographes du camion ont tout mitraillé, et les clichés font la une des journaux. Sur la route du retour vers Syracuse, raconte-t-elle, la bande s'arrête vers une heure du matin, après Albany, et tombe sur un journal avec leurs photos en première et en dernière page. Une course qu'on voulait garder entre hommes vient de devenir une affaire publique.

Elle termine en environ 4 h 20. Un chrono non officiel, forcément : officiellement, elle n'était pas censée être là.

04Et Bobbi Gibb ?

Un an plus tôt, en 1966, Bobbi Gibb avait déjà couru Boston. Sa demande d'inscription avait été refusée : elle s'est cachée dans les buissons près du départ, à Hopkinton, puis s'est glissée dans le peloton, sans dossard. La BAA la reconnaît comme la première femme à avoir couru le marathon. Switzer, elle, est la première à y avoir reçu un dossard. Deux exploits, deux manières. Les deux comptent.

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051972, puis 2017

Il faut attendre 1972 pour que les femmes courent officiellement Boston : huit au départ, et c'est Nina Kuscsik qui gagne, en 3 h 10 min 26 s. La même qui, deux ans plus tôt, avait abandonné au tout premier marathon de New York. Switzer finit troisième (en 3 h 29 min 51 s selon les archives de Boston.com). Retournement savoureux : d'après elle, c'est Jock Semple qui lui remet son trophée, cassé. Les deux finiront même par devenir amis.

En 2017, à 70 ans, elle reprend le départ avec le 261 et termine en 4 h 44 min 31 s. Le lendemain, la BAA retire ce numéro lors d'une cérémonie. Selon l'Associated Press, c'est le premier numéro officiellement retiré de l'histoire de la course (le 61 était déjà tenu hors circulation en hommage à Johnny Kelley). Switzer a tout résumé : sur le moment, c'était « la pire chose » de sa vie ; c'est devenu « la meilleure ».

Les sources de cette histoire (6)

Chaque fait a été recoupé dans au moins deux sources indépendantes. Quand elles divergent, le texte le dit.

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