Boston 2018 : le fonctionnaire qui gagne sous la tempête
Lundi 16 avril 2018, Boston. Pluie glaciale, rafales de vent, quelques degrés au-dessus de zéro. Au bout des 42,195 km, c'est un employé de bureau d'un lycée japonais, sans coach ni sponsor, qui franchit la ligne en vainqueur.
Par la rédaction PacePoster · · 3 min · 9 sources

01Un lundi de tempête
Ce jour-là, la météo est une punition : pluie battante, rafales jusqu'à 32 miles par heure (environ 51 km/h) et températures autour de 2 °C, selon l'Associated Press. Le départ le plus froid depuis trente ans, ajoute l'AFP. La course se dispute aussi cinq ans après les attentats de 2013 sur la ligne d'arrivée, qui avaient fait trois morts et des centaines de blessés.
02Le bureau du lycée
Yuki Kawauchi, 31 ans, est fonctionnaire : employé de bureau au lycée de Kuki, dans la préfecture de Saitama. Pas de coach, et il s'entraîne sur son temps libre, souligne l'AFP. Pas de sponsor non plus : il tient à garder son poste, rapporte CBS Boston. En 2017, il a couru 12 marathons, six fois plus qu'un coureur d'élite ordinaire, selon l'AP. Il détient le record du nombre de marathons courus sous 2 h 20, reconnu par le Guinness.
Le froid, il connaît : le 1er janvier, il a gagné le marathon du Nouvel An de Marshfield, dans le Massachusetts, par -17 °C (1 °F) au départ.
Pour moi, ce sont les meilleures conditions possibles
03Une course qui s'effondre
Kawauchi part vite, trop vite : un premier mile en 4 min 37 s. Le peloton le reprend, puis le champion en titre, le Kényan Geoffrey Kirui, s'échappe dans les côtes de Newton, raconte Canadian Running. Mais dans le dernier mile, à Kenmore Square, le Japonais le rattrape et le lâche.
Il boucle en 2:15:58, contre 2:18:23 pour Kirui, soit 2 min 25 s d'avance. C'est le temps de vainqueur le plus lent depuis 1976.

04Le plus beau jour
« C'est le plus beau jour de ma vie », dit-il, selon l'AFP (« This is the greatest day of my life »). Et sur la météo : « Pour moi, ce sont les meilleures conditions possibles » (« For me, these are the best conditions possible »). Il empoche 150 000 dollars, selon l'AP.
C'est la première victoire japonaise à Boston depuis 1987, l'année de sa naissance. Toshihiko Seko, qui avait gagné en 1981 et 1987, salue un « exploit formidable ».
05Le même jour, chez les femmes
Chez les femmes, c'est Desiree Linden qui gagne, en 2:39:54, avec plus de quatre minutes d'avance sur Sarah Sellers. Elle est la première Américaine à s'imposer depuis Lisa Larsen Weidenbach en 1985. C'est aussi le temps le plus lent pour une gagnante depuis 1978. « C'était comique de voir à quel point on allait lentement, et tout ce qu'il restait à parcourir », raconte-t-elle à l'AP (« It was comical how slow you were going, and how far you still had to go »).
Sa course a pourtant failli s'arrêter tôt : dans les premiers miles, elle pense abandonner. Elle l'annonce même à Shalane Flanagan, en lui proposant de l'aider. Quand Flanagan s'arrête aux toilettes, Linden ralentit et se retourne pour l'aider à revenir sur le groupe de tête. Elle finira par s'envoler.
Les sources de cette histoire (9)
Chaque fait a été recoupé dans au moins deux sources indépendantes. Quand elles divergent, le texte le dit.
- Boston Marathon Champions — Boston Athletic Association (organisateur) : Kawauchi 2:15:58 et Linden 2:39:54 en 2018, Kirui vainqueur 2017, Seko vainqueur en 1981 et 1987, Lisa Larsen-Weidenbach en 1985, Jack Fultz 2:20:19 en 1976 et aucun vainqueur plus lent que 2:14:46 de 1977 à 2017, Gayle Barron 2:44:52 en 1978 et aucune gagnante plus lente que 2:35:15 de 1979 à 2017.
- Desi Linden wins Boston Marathon, 1st US woman since '85 — Associated Press, via Valley News (Jimmy Golen, 2018) : rafales à 32 mph, températures « mid-30s », pluie, 5e anniversaire des explosions (trois morts, des centaines de blessés), Kawauchi employé administratif de lycée, 12 marathons en 2017 (six fois la norme d'un élite), dépassement de Kirui, champion en titre, à Kenmore Square, plus lent vainqueur depuis 1976, 150 000 $, Linden 2:39:54, plus lente depuis 1978, citation « comical », abandon envisagé vers le 6e mile, Flanagan attardée par une pause toilettes et aidée par Linden, Sellers à 4 min 10 s.
- Japan hails school clerk who won Boston Marathon — AFP, via Daily FT (2018) : employé de bureau (« school clerk », « humble bureaucrat ») au lycée de Kuki, à Saitama, 31 ans, sans coach ni sponsor, entraînement sur son temps libre, record Guinness des marathons sous 2 h 20 (78), première victoire japonaise depuis 1987, année de sa naissance, départ le plus froid depuis 30 ans, « This is the greatest day of my life », hommage de Seko (vainqueur en 1981 et 1987).
- Kawauchi wins 2018 Boston Marathon — CBS Boston (2018) : 2:15:58, Kirui 2:18:23, pas de sponsor pour garder son poste d'administratif de lycée, dépassement « dans les derniers miles », citation sur les meilleures conditions, victoire à Marshfield le jour de l'an par 1 degré.
- Desi Linden becomes first American woman to win Boston in 33 years — CBS News (2018) : 2:39:54, plus de 4 min d'avance sur Sellers, première depuis Lisa Larsen Weidenbach en 1985, plus lente depuis 1978, rafales jusqu'à 32 mph, températures « mid-30s », Kirui champion en titre dépassé à Kenmore Square, « For me, it's the best conditions possible », première victoire japonaise depuis 1987.
- 2018 Boston Marathon : Yuki Kawauchi's surprise win — ESPN (Aishwarya Kumar, 2018) : 12 marathons en 2017, course glaciale à Marshfield en janvier, Kirui dépassé à un mile de l'arrivée, « For me, these are the best conditions possible », premier Japonais vainqueur depuis 1987.
- Kawauchi wins Boston — Running Magazine / Canadian Running (Anne Francis, 2018) : premier mile en 4:37, repris par le peloton, Kirui en tête dans les côtes de Newton, rattrapé à quelques kilomètres de l'arrivée, record du monde des marathons sous 2 h 20 (79).
- Yuki logs WR 76th sub-2:20 marathon in frosty Marshfield — New England Runner (2018) : 37e marathon du Nouvel An de Marshfield, 1 °F au départ à 9 h, Kawauchi vainqueur en 2:18:59.
- Linden explained why she almost dropped out — Boston.com (Nicole Yang, 2018) : « Hey, I think I'm going to drop out today, so if you need any help with anything, let me know », pause toilettes de Flanagan à mi-course, Linden qui ralentit et se retourne.
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