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Histoire vraie · N°40

Histoire du marathon : Phidippidès courait vers Sparte, pas vers Athènes

L'histoire du marathon commence en 1896, aux premiers Jeux olympiques d'Athènes, sur une idée du linguiste Michel Bréal. Elle s'appuie sur une légende : un messager court de Marathon à Athènes, crie victoire et tombe mort devant les magistrats. Sauf qu'Hérodote, l'historien grec qui raconte la bataille, ne dit rien de tel : son Phidippidès court vers Sparte, et il en revient vivant.

Par la rédaction PacePoster · · 4 min · 21 sources

« Le Soldat de Marathon », tableau de Luc-Olivier Merson (1869), qui illustre la légende
« Le Soldat de Marathon », tableau de Luc-Olivier Merson (1869), qui illustre la légende Luc-Olivier Merson, 1869, domaine public, via Wikimedia Commons — bichromie PacePoster

01Ce qu'Hérodote raconte vraiment

En 490 avant J.-C., les Perses menacent Athènes. Avant la bataille de Marathon, la cité envoie un messager demander du secours à Sparte. Hérodote l'appelle Phidippidès ; Lucien, bien plus tard, écrira Philippidès. C'est un « hémérodrome », un coureur de longues journées, dont c'est le métier. Il arrive à Sparte, écrit Hérodote, le lendemain de son départ d'Athènes. Le trajet moderne fait environ 245 km, d'après les organisateurs du Spartathlon. On est très loin des 42 km.

490avant J.-C.
245 kmAthènes-Sparte
1896premier marathon olympique

02Le dieu Pan et la pleine lune

Sur la route, au mont Parthénion, au-dessus de Tégée, Phidippidès affirme avoir croisé le dieu Pan. Le dieu lui demande pourquoi les Athéniens le négligent, lui qui leur veut du bien, les a souvent aidés et les aidera encore. Plus tard, les Athéniens lui élèvent un sanctuaire sous l'Acropole, avec sacrifices annuels et course aux flambeaux. Les Spartiates, eux, répondent oui, mais pas tout de suite : leur loi leur interdit de partir avant la pleine lune, et on n'est qu'au neuvième jour du mois. Ils arriveront après la bataille. Athènes se battra sans Sparte, avec les seuls Platéens.

Réjouissez-vous, nous sommes vainqueurs !

Le messager de Marathon, selon Lucien de Samosate (IIe siècle), trad. Eugène Talbot

03Six siècles plus tard, un mort glorieux

Et après la victoire ? Hérodote ne dit pas un mot d'une course de Marathon à Athènes. L'armée athénienne rentre en hâte protéger la ville. Pas de coureur épuisé, pas de dernier souffle.

Le messager qui meurt en arrivant, on le lit chez Plutarque, vers l'an 100 de notre ère, près de six siècles après la bataille. Dans « Sur la gloire des Athéniens », il rapporte que Thersippe apporta la nouvelle, selon Héraclide du Pont, mais que la plupart des historiens nomment Euclès. Courant en armes, encore chaud du combat, Euclès n'aurait dit aux magistrats que « Réjouissez-vous, nous avons vaincu », avant de tomber mort. Ce n'est pas Phidippidès.

Charilaos Vasilakos à l'arrivée du marathon olympique de 1896, stade Panathénaïque, Athènes
Charilaos Vasilakos à l'arrivée du marathon olympique de 1896, stade Panathénaïque, Athènes Ioannis Lampakis, 10 avril 1896, domaine public, via Wikimedia Commons — bichromie PacePoster

04Lucien donne un nom au messager

Au IIe siècle, le satiriste Lucien de Samosate raconte la scène à son tour. Chez lui, c'est le coureur Philippidès qui, « dit-on », vient annoncer la victoire aux archontes, crie « Réjouissez-vous, nous sommes vainqueurs ! » (« Chairete, nikômen ») et expire sur ces mots. Le nom du messager d'Hérodote vient de se coller à la course de Marathon. La légende se fige : un nom connu, une course, un cri, une mort.

Tu l'as courue ? L'affiche Athens Marathon, avec ton nom et ton temps →

05Browning, puis Bréal

En 1879, le poète britannique Robert Browning publie « Pheidippides » et mêle les deux récits : son héros court jusqu'à Sparte, croise Pan, combat à Marathon, puis rapporte la victoire à Athènes et meurt de joie. Quinze ans plus tard, le 15 septembre 1894, le linguiste Michel Bréal écrit à Pierre de Coubertin : pourquoi ne pas organiser une course de Marathon à la Pnyx, à Athènes ? Il offre même la coupe du vainqueur. L'épreuve naît aux Jeux de 1896. La suite, avec Spiridon Louis, est racontée ailleurs dans le journal.

06Le Spartathlon, Hérodote à l'épreuve

En 1982, John Foden, officier de la RAF, se demande si un homme moderne peut refaire la course de Phidippidès. Le 8 octobre, il part d'Athènes avec d'autres aviateurs. Trois arrivent à Sparte. Foden met environ 36 heures selon les organisateurs du Spartathlon, 37 h 37 selon le site Ultrarunning History. C'est faisable. La première édition officielle du Spartathlon a lieu en 1983. La course revient chaque septembre, sur environ 245 km.

Les sources de cette histoire (21)

Chaque fait a été recoupé dans au moins deux sources indépendantes. Quand elles divergent, le texte le dit.

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