Tour 1913 : la fourche cassée d'Eugène Christophe, réparée à la forge
9 juillet 1913, dans les Pyrénées. Eugène Christophe est leader virtuel du Tour quand sa fourche casse dans la descente du Tourmalet. Le règlement interdit toute aide : il va marcher, forger, et payer en minutes le coup de main d'un gamin.
Par la rédaction PacePoster · · 3 min · 23 sources

01Le Tour se joue sur une fourche
Sixième étape, Bayonne–Luchon, 326 kilomètres. Au sommet du Tourmalet, Christophe fait ses comptes. « J'avais 18 minutes d'avance en haut du col du Tourmalet », racontera-t-il. Puis, dans la descente, la fourche de son vélo casse.
Pourquoi ? Les récits ne s'accordent pas. Une pierre, disent les uns. Une voiture de la course, disent d'autres. Dans ses mémoires, Christophe accuse simplement la route, défoncée, selon le médecin et historien Jean-Pierre de Mondenard. Ce que personne ne conteste : le vélo est inutilisable, et Christophe est seul.
02Dix kilomètres, ou quatorze
Le règlement est clair : on répare soi-même, sans aucune aide. Christophe charge donc la machine sur l'épaule et descend à pied jusqu'à Sainte-Marie-de-Campan. Combien de kilomètres ? Dix, disent le panneau planté à l'endroit de la casse et le monument du village. Quatorze, disent l'encyclopédie Larousse et franceinfo.
Pendant ce temps, la course file. « Quel martyre, de voir tous les camarades passer à 50 km/h alors que je me demandais où j'allais trouver une forge », raconte-t-il.
Et je suis reparti, avec 4 heures de retard !
03La forge
Au village, il trouve la forge de Joseph Bayle, selon le monument (d'autres récits nomment le forgeron Lecomte). Le forgeron n'a pas le droit de toucher la fourche. Ça tombe bien : Christophe est serrurier de formation. Il forge un bout de ferraille, le lime, perce le tube cassé et goupille le tout, racontera-t-il.
Seul, pourtant, impossible de tout faire. Un gamin du village lui donne un coup de main : au soufflet, selon la plupart des récits. Trois commissaires regardent la scène. Ils notent.

04Trois minutes, ou dix
Verdict : aide extérieure. La sanction finale est de trois minutes, selon franceinfo et ICI. Plusieurs récits parlent de dix minutes, ramenées ensuite à trois. Dans tous les cas, c'est une anecdote à côté du vrai trou. « Et je suis reparti, avec 4 heures de retard ! », résume-t-il.
À Luchon, il franchit la ligne avec 3 h 50 de retard sur le vainqueur de l'étape, Philippe Thys. Il est 29e du jour.
05Septième, à jamais
Christophe termine ce Tour 1913 à la septième place, à 14 h 06 min 35 s de Thys, qui gagne là son premier de trois Tours. Aurait-il gagné sans la fourche ? Personne ne le saura. Beaucoup de récits parlent d'un Tour perdu ce jour-là. Son dossard de 1913, le numéro 7, est aujourd'hui conservé au Musée national du sport.
À Sainte-Marie-de-Campan, une plaque rappelle l'épisode à la forge, et une statue montre Christophe brandissant sa fourche. L'endroit où un coureur a été puni pour avoir eu un coup de main.
Les sources de cette histoire (23)
Chaque fait a été recoupé dans au moins deux sources indépendantes. Quand elles divergent, le texte le dit.
- Tour de France : c'est arrivé un 9 juillet… Eugène Christophe casse sa fourche et la répare lui-même — franceinfo (Louis Delvinquière, 2022) : mercredi 9 juillet 1913, 6e étape Bayonne–Luchon, 326 km ; règlement interdisant toute aide ; vélo porté 14 km jusqu'à Sainte-Marie-de-Campan ; serrurier de formation ; trois commissaires ; un enfant au soufflet ; trois minutes de pénalité ; quatre heures perdues ; 29e de l'étape ; version de la pierre.
- Le jour où Eugène Christophe a cassé sa fourche — franceinfo (Baptiste Schweitzer, 2013) : fourche cassée sur le Tourmalet, règlement interdisant toute aide, 15 km à pied jusqu'au forgeron de Sainte-Marie-de-Campan, « Il perdra le Tour ce jour-là ».
- Tour de France — Encyclopédie Larousse : fourche brisée dans le Tourmalet, 14 km à pied jusqu'à une forge de Sainte-Marie-de-Campan, forgeron interdit d'aider, quatre heures perdues et toute chance de victoire.
- Tour de France : le premier maillot jaune était un serrurier malchanceux — ICI (Benjamin Vernet, 2019) : 9 juillet 1913 ; citations de Christophe (18 minutes d'avance en haut du Tourmalet ; les camarades qui passent à 50 km/h ; ferraille forgée, limée, percée, goupillée ; « Et je suis reparti, avec 4 heures de retard ! ») ; plaque à la forge.
- La première légende du Tour dans les Pyrénées — ICI Béarn Bigorre (Eric Bentahar, 2026) : forgeron Joseph Bayle, garçon (Alexandre Torné) qui tient la fourche pendant le perçage, trois commissaires, pénalité « symbolique » de 3 minutes, plus de 4 heures de réparation, 7e au général.
- Eugène Christophe, premier maillot jaune de l'histoire — ICI, « Sacré Tour de France ! » (Lorànt Deutsch, 2013, rediff. 2025) : 14 km le vélo sur l'épaule, « J'ai reforgé un bout de ferraille », 7e du Tour, plaque à Sainte-Marie-de-Campan.
- La fourche d'Eugène — INA, « Histoires des bords de route » (France Télévisions/INA, 2013) : fourche cassée au Tourmalet « alors qu'il avait 18 minutes d'avance », réparation à la forge du village.
- Récit de sa mésaventure pendant le Tour de France 1913 par Eugène Christophe — INA Mediaclip (1970) : 14 km à pied jusqu'à Sainte-Marie-de-Campan, réparation chez un forgeron.
- Eugène Christophe reads the commemorative plaque of his feat — INA Mediaclip (1968) : plaque commémorative sur un mur du village, réparation seul à la forge.
- Eugène Christophe and the makeshift repair of his bike in 1913 — INA Mediaclip (1968) : Christophe revient à la forge de 1913.
- L'Année à bloc : 13 erreurs — Dr Jean-Pierre de Mondenard (2025) : cause de la casse = faiblesse de la fourche sur une route en mauvais état, d'après les mémoires de Christophe parues dans Le Miroir des sports (16/11/1922 – 26/04/1923) ; pierre et voiture qualifiées de légendes.
- Tour de France 1913 — BikeRaceInfo (Bill McGann) : étape 6 Bayonne–Luchon, mercredi 9 juillet, 326 km ; Christophe 29e à 3 h 50 min 14 s de Thys ; 7e au général à 14 h 06 min 35 s.
- Eugène Christophe — BikeRaceInfo, galerie coureurs : leader virtuel au moment de la casse, descente à pied jusqu'à Sainte-Marie-de-Campan, plaque sur le bâtiment de la forge.
- Philippe Thys — BikeRaceInfo, galerie coureurs : premier triple vainqueur du Tour (1913, 1914, 1920).
- Tour de France 1913, Race Snippets — Cycling Revealed (Barry Boyce) : 14 km jusqu'à Sainte-Marie-de-Campan, un jeune du village au soufflet, 10 minutes de pénalité, 3 h 50 de retard sur Thys.
- Philippe Thys — Cycling Revealed : vainqueur du Tour en 1913, 1914 et 1920.
- Tour de France 1913 : classement et résultats — sport-histoire.fr : étape Bayonne–Luchon (326 km) gagnée par Thys ; Christophe 7e à 14 h 06' 35".
- Tour de France 1913 : le forgeron de Sainte-Marie-de-Campan — Pyrénées Passion : version de la voiture suiveuse, 14 km portés, réparation de près de quatre heures, plaque sur la forge.
- Eugene Christophe's fork disasters — Cycling Legends : garçon au soufflet, 10 minutes ramenées à 3 en appel, 3 h 50 de retard sur Thys.
- Panneau « Eugène Christophe — C'est ici » sur le Tourmalet — photo Anthospace, Wikimedia Commons (2021) : texte du panneau du Département des Hautes-Pyrénées (Tour 100) : 9 juillet 1913, étape Bayonne–Luchon (326 km), 10 km à pied, « Leader virtuel du Tour de France ».
- Campan — Hommage à Eugène Christophe — photo Renhour48, Wikimedia Commons (2025) : texte du monument : « en tête du Tour de France », 10 km à pied, forge de Joseph Bayle ; statue de Christophe brandissant sa fourche.
- Sainte-Marie-de-Campan, 8 octobre 2019 — photo Paul Hermans, Wikimedia Commons : la statue de Christophe au centre du village.
- Dossard d'Eugène Christophe, Tour de France 1913 — Musée national du sport (MS 949), via Wikimedia Commons : dossard n° 7 du Tour 1913, conservé au musée.
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