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Histoire vraie · N°39

Premier marathon olympique féminin : Joan Benoit, Los Angeles 1984

Le 5 août 1984, 50 femmes prennent le départ du premier marathon olympique féminin de l'histoire. Joan Benoit, opérée du genou au printemps, se détache dès les premiers kilomètres et ne sera plus rejointe. Derrière elle, une Suissesse écrit une autre page, à pas minuscules.

Par la rédaction PacePoster · · 3 min · 13 sources

La vasque olympique du Coliseum de Los Angeles, le jour de la cérémonie d'ouverture des Jeux de 1984
La vasque olympique du Coliseum de Los Angeles, le jour de la cérémonie d'ouverture des Jeux de 1984 U.S. Air Force, 28 juillet 1984, domaine public, via Wikimedia Commons — bichromie PacePoster

01Pourquoi il a fallu attendre 1984

Amsterdam, 1928 : les femmes ont enfin droit à l'athlétisme olympique, cinq épreuves dont un 800 m. Des récits parlent de coureuses effondrées après la course. Une historienne du sport, Colleen English (US Sport History), montre pourtant, images à l'appui, que ces récits étaient faux, et que six des neuf finalistes avaient battu l'ancien record du monde. Peu importe : l'épreuve disparaît du programme, jugée trop dure pour les femmes. Après ce 800 m, les courses féminines ne dépassent plus 200 m aux Jeux jusqu'à Rome 1960.

Trente-deux ans sans courir plus loin qu'un demi-tour de piste.

2 h 24victoire de Benoit
17 joursentre opération et sélections
37eplace de la Suissesse

02Le CIO finit par céder

Le 800 m revient en 1960. Le marathon, lui, entre au programme féminin en 1984. La décision se prend en 1981, raconte l'historique de MarathonGuide : la commission exécutive du CIO l'approuve en février, l'URSS étant la seule à voter contre, puis la session du CIO, réunie à Baden-Baden en septembre, entérine sa recommandation. Parmi les arguments, une déclaration de l'American College of Sports Medicine, en janvier 1980 : aucune preuve scientifique ou médicale concluante que la course de fond soit contre-indiquée pour les femmes en bonne santé et entraînées.

Je savais que si je m'arrêtais, je ne pourrais pas finir

Gabriela Andersen-Schiess

03Un genou, 17 jours

Mars 1984 : Joan Benoit se blesse au genou lors d'une sortie de 20 miles. Elle est opérée en arthroscopie 17 jours avant les sélections américaines. Elle les gagne quand même.

Selon Olympedia, elle n'est pas complètement remise : sa qualification passe déjà pour une chance. À Los Angeles, personne ne sait ce que vaut ce genou.

Joan Benoit avant le marathon de Chicago, en 2008
Joan Benoit avant le marathon de Chicago, en 2008 Goyk (Wikipédia en anglais), 2008, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons — bichromie PacePoster, même licence

04Elle part devant, personne ne la suit

Dimanche 5 août, 8 h du matin, départ de Santa Monica. Au bout d'un quart d'heure environ, Benoit se détache. Grete Waitz la laisse filer ; elle jugera plus tard l'attaque trop précoce. Au 30e kilomètre, Benoit compte près de deux minutes d'avance.

Elle entre seule dans le Coliseum, devant 70 000 à 77 000 spectateurs selon les récits. Elle gagne en 2 h 24 min 52 s ; Waitz finit à 1 min 26 s (2 h 26 min 18 s), Rosa Mota troisième (2 h 26 min 57 s). Il fait autour de 30 °C.

Tu l'as courue ? L'affiche Los Angeles Marathon, avec ton nom et ton temps →

05Gabriela, le dernier tour

Un quart d'heure à vingt minutes après l'arrivée de Benoit, la Suissesse Gabriela Andersen-Schiess entre à son tour dans le stade. Elle a manqué le dernier ravitaillement, ses jambes se crispent. Elle titube. Les médecins accourent ; elle les écarte : tout contact avec eux aurait signifié la disqualification. Il lui faut entre cinq et six minutes pour boucler le tour de piste.

Elle franchit la ligne et s'effondre dans les bras des secouristes. Elle se remet en quelques heures, sans séquelles d'après Olympedia. Elle est 37e, en 2 h 48 min 42 s (2 h 48 min 45 s selon MarathonGuide). Certains observateurs jugent qu'on aurait dû l'arrêter ; d'autres ne retiennent que son courage. « Je savais que si je m'arrêtais, je ne pourrais pas finir », raconte-t-elle à Eurosport en 2023.

Les sources de cette histoire (13)

Chaque fait a été recoupé dans au moins deux sources indépendantes. Quand elles divergent, le texte le dit.

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