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Histoire vraie · N°30

Hardrock 100 : pas de ligne à franchir, un rocher à embrasser

Au Hardrock 100, on ne finit pas en franchissant une ligne. Après plus de 160 km et plus de 10 000 m de montée dans les San Juan, il faut embrasser un rocher peint d'une tête de bélier. La course est née pour rendre hommage aux mineurs.

Par la rédaction PacePoster · · 3 min · 15 sources

Les coureurs de tête du Hardrock 100 sur le sentier d'Ice Lake, près de Silverton, en juillet 2012
Les coureurs de tête du Hardrock 100 sur le sentier d'Ice Lake, près de Silverton, en juillet 2012 John Fowler (Placitas, NM, USA), 2012, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons — bichromie PacePoster, même licence

01Une annonce dans un magazine

À l'automne 1991, Gordon Hardman fait paraître une annonce dans le magazine Ultrarunning : l'été suivant, il y aura une course de 100 miles dans les montagnes San Juan, au sud-ouest du Colorado. John Cappis, de Telluride, le contacte pour lui demander ce qu'il a en tête. En janvier 1992, un itinéraire tracé uniquement sur carte est prêt. Charlie Thorn rejoint le projet, et les permis tombent en avril.

La première édition part de Silverton, dans le sens des aiguilles d'une montre : 98,8 miles et 29 684 pieds de dénivelé, avec une section ajoutée une semaine avant le départ. Ils sont 42 au départ et 18 à l'arrivée. Hardman lui-même termine troisième, selon les résultats officiels.

1992première édition
14 048 ftHandies Peak
48 hdélai maximal

02Pour les mineurs

La course est pensée comme un « post-graduate » : réservée, en principe, à ceux qui ont déjà fini plusieurs 100 miles. Le parcours doit passer au plus près de quatre villes minières, Silverton, Lake City, Ouray et Telluride, et suivre autant que possible les vieux sentiers des mineurs. Cappis et Thorn l'écrivent dans leur description du parcours, rapporte iRunFar : « Cette course suit des itinéraires tracés par les mineurs et est dédiée à leur mémoire ».

Les dates se croisent : le Mayflower Mill, usine de traitement du minerai près de Silverton, ferme ses portes en 1991, l'année où l'idée naît. Pour iRunFar, c'est la fin de l'exploitation minière à Silverton.

Je pense que c'est logique, parce qu'on a couru ensemble pendant tout le parcours.

Kilian Jornet, 2016 (cité par Trail Runner ; « I think it's logical because we were running together for the whole course »)

03Un sens, puis l'autre

Au départ, l'idée était de changer de ville de départ chaque année. Après la première édition, on garde Silverton pour toujours et on inverse le sens de la boucle à chaque édition.

Le profil, selon le site officiel : 33 441 pieds de montée, un point haut à 14 048 ft (4 282 m) au Handies Peak, un point bas à Ouray. Le délai maximal est de 48 h.

Silverton (Colorado), le quartier général de la course, en juillet 2011
Silverton (Colorado), le quartier général de la course, en juillet 2011 Ericshawwhite, 2011, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons — bichromie PacePoster, même licence

04Le rocher

C'est un gros bloc de déchets miniers sur lequel est peinte une tête de bélier, l'emblème de la course. La description officielle du parcours se termine d'ailleurs sur un ordre : « Stop! Kiss the Hardrock! » (« Stop ! Embrasse le Hardrock ! »). La devise, elle, tient en trois mots : « Wild and Tough ».

D'où vient ce rite ? Le site officiel ne le dit pas, et les récits divergent. Selon The Outdoor Wall, Dale Garland, aujourd'hui directeur de course, aurait désigné un rocher au hasard dès la première édition, faute de ligne d'arrivée. Selon Running for a Lifetime, c'est la troisième année, quand il dit à un finisher épuisé de toucher un bloc de déchets miniers. La légende est belle ; la date reste floue.

Tu l'as courue ? L'affiche Hardrock 100, avec ton nom et ton temps →

052016 : deux hommes, un seul baiser

En 2016, Kilian Jornet détient déjà le record, établi à ses débuts en 2014 : 22 h 41 min 33 s. Cette année-là, il fait une grande partie de la course avec l'Américain Jason Schlarb. À l'arrivée, ils se prennent la main et embrassent le rocher en même temps : 22 h 58 min 28 s pour les deux, co-vainqueurs. La dernière victoire partagée remontait à 1997.

Jornet explique : « Je pense que c'est logique, parce qu'on a couru ensemble pendant tout le parcours. »

Les sources de cette histoire (15)

Chaque fait a été recoupé dans au moins deux sources indépendantes. Quand elles divergent, le texte le dit.

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